Marseille 1720
« -Je m’appelle Bernard de Gonzague de Legout… Je fais du négoce avec les Antilles où j’ai rencontré Emma… Emma, la plus belle femme du monde. L’amour de ma vie. Il y a trois jours, elle a succombé à cette fièvre orientale dont tout le monde parle.
-Vous voulez que j’arrête son médecin ?
-Non ! Je veux que vous trouviez d’où vient cette maladie et qui l’a fait entrer dans Marseille. Ils paieront cher, très très cher ! »
1720, sous la régence, Marseille compte 100.000 habitants. Le port n’est pas encore vieux et une petite chapelle est le lieu de culte, bien avant Notre-Dame-de-la-Garde. Léo Loden est un commissaire de quartier, dont l’oncle Tonton Loco est un marin. Marlène est un sergent de police. On les connaissait avec 300 ans de plus. Comme des acteurs que l’on retrouve dans divers films, après avoir été dans l’époque d’occupation romaine avec Massilia Aeterna, les voici dans le siècle des Lumières pour une enquête dans le plus pur style de celles qu’ils ont coutume de résoudre. Après un incipit angoissant dans lequel Léo et Tonton débarquent dans la ville incendiée, on remonte quelques jours auparavant pour découvrir ce qu’il s’est passé.

Le commissaire de quartier Loden est convoqué Place des Moulins (qui deviendra Le panier). Bernard de Gonzague de Legout, un notable, lui prie d’enquêter sur le décès de sa femme. Elle est morte de la peste bubonique. L’homme souhaite savoir d’où vient cette maladie et qui l’a faite entrer dans Marseille. Pour le médecin de la défunte, elle est décédée d’une fièvre pestilentielle foudroyante, mais en aucun cas de la peste. Les décès s’accumulent. Les politiciens nient mais le peuple s’inquiète. Le chevalier Nicolas Roze, chef de la garnison militaire de Marseille, n’a pas l’intention de laisser mourir la ville. L’échevin ne peut le faire arrêter sans risquer l’insurrection. Au service de la ville, Loden parviendra-t-il à trouver l’origine de l’épidémie et empêcher sa prolifération ?

C’est déjà le cinquième scénario solo de Loïc Nicoloff pour Léo Loden. Arleston peut-être fier de son successeur, qu’il a accompagné par la main pendant dix albums. Pour ce déjà tome 30, le scénariste joue la carte du transfert dans une autre époque. Le comble, c’est que cela semble tellement naturel pour nous lecteurs qu’on ne se pose même pas de question. C’est d’un naturel déconcertant. Fidèle aux titres jeux de mot, celui-ci, Bubonic et vieilles dentelles, est un clin d’œil au film Arsenic et vieilles dentelles. A part qu’il y est question de cadavres, c’est le seul point commun entre les deux histoires.
Serge Carrère s’est énormément documenté pour crédibiliser Marseille d’antan. Le dessinateur offre plusieurs très belles vues en demi-planches, que ce soit en ville ou dans les paysages alentours. Carrère est l’un des derniers porte-crayons de la BD franco-belge classique, celle qui a posé les bases de cet art, celle qui est si forte et si salvatrice, et trop souvent injustement délaissée par certains lecteurs qui ont pourtant été élevés avec.

En introduisant quelques enquêtes des temps jadis avec des récits contemporains, les auteurs tiennent là un procédé quasi inépuisable. Comme quoi, on peut faire du neuf avec de vieilles dentelles.
Série : Léo Loden
Tome : 30 – Bubonic et vieilles dentelles
Genre : Policier/Humour
Scénario : Loïc Nicoloff
Dessins : Serge Carrère
Couleurs : Cerise
Éditeur : Soleil
ISBN : 9782302091245
Nombre de pages : 48
Prix : 10,95 €



