Deux Papes dont un de trop
« -La visite prochaine de l’émissaire du nouveau patriarche de Constantinople, Dorothée de Mitylène est, n’en doutez pas, une occasion unique pour nous. Mon intention est de tout mettre en œuvre pour l’éblouir et le persuader que l’union de nos deux Églises ouvrira une ère nouvelle et prometteuse pour la Chrétienté. La basilique Saint-Pierre ne rayonne plus de la grandeur qu’elle devrait offrir à la Chrétienté. C’est pourquoi j’ai chargé mon secrétaire Biando de convoquer Filarete, un éminent architecte de Florence … Là, nous ferons une représentation théâtrale digne de la cour du roi de France. J’ai, à cet effet, fait venir le dénommé Jhen Roque, un artiste qui a conçu pour le baron Gilles de Rais un spectacle fameux retraçant l’épopée de la Pucelle d’Orléans (…) et après le plaisir des oreilles, le plaisir des yeux ! J’ai convié Jean Fouquet, qui m’a si admirablement peint par le passé, à venir faire le portrait de notre éminent hôte. »
Ainsi est planté le décor de cette nouvelle aventure trépidante pour notre architecte – artiste – scénographe dramaturge, Jhen, créé par Jacques Martin en 1978. A cette belle équipée se joint Angeline de Waldo, chanteuse et musicienne, dont la voix est un don céleste, une mélodie enchanteresse qui charme les cœurs et captive les âmes. Pourtant, accompagnée de son frère Athanasius, elle semble avoir un projet caché en se faisant admettre au sein des proche d’Eugène IV. La fratrie Waldo serait-elle l’instrument d’un complot visant le Saint-Père ? Et quels seraient les moyens de pressions exercés sur eux par ce mystérieux moine encapuchonné qui semble dirigé cette conspiration ?

En cette année 1440, l’Évêque de Rome a aussi d’autres soucis que son souhait de rapprochement avec le nouveau patriarche de Constantinople. Son autorité est mise à mal par l’élection, à Bâle, d’un autre « représentant de saint-Pierre », l’antipape Félix V. Deux Papes, donc forcément un de trop ! Lequel ? Celui de Rome, Eugène IV, ou celui qui s’abrite à Bâle, Félix V ? Le premier rêve de rapprocher, voire réunifier les églises d’Occident et d’Orient, le second d’éliminer le premier pour asseoir définitivement sa légitimité sur le trône de Saint Pierre. Jhen se retrouve ainsi, involontairement, mêlé à un complot dont il pourrait bien être, non la clé, mais l’une des victimes collatérales permettant ainsi à un vieil ennemi que l’on croyait disparu d’assouvir une vengeance bien cruelle ! Et pour une fois, il n’aura point la possibilité d’user de son charme naturel afin de conquérir le cœur et les faveurs de l’une ou l’autre demoiselle. Avec ses amis, il aura, par contre, bien du mal à se sortir du traquenard dans lequel on l’a fait tomber.

Si le scénario semble « classique » avec dès les premières planches comme un goût de « prévisible », c’est très rapidement dans les détails que naissent les surprises et rebondissements. Loin d’être linéaire, on se retrouve avec une intrigue bien plus tordue que crainte au départ. Il y a bien ici et là quelques petites incongruités narratives, mais l’ensemble tient la route pour une très agréable et divertissante découverte qui nous entraîne dans les complots et tensions internes au sein même de l’Église de Saint-Pierre au XVe siècle. Côté graphisme, Jean Pleyers reste unique : un trait assuré, hyper réaliste et soigné aussi bien dans les visages que les décors, des postures que certains jugeront peut-être parfois un brin trop « théâtrales » et « forcées », mais à tout le moins des plus expressives. Admettons néanmoins que si le travail documentaire préalable est impressionnant (décors, architecture, mobiliers, costumes, armes, chevaux, …), certaines cases d’action sont improbables. Contrebalançant cette petite remarque, le travail est parfaitement mis dans l’ambiance couleur « martinéenne » par Corinne Pleyers.

Après quatre ans d’absence, les admirateurs de Jacques Martin ne seront pas déçus par ce retour de Jhen qui est au Moyen-âge ce qu’Alix est à l’Antiquité : une référence dans le Neuvième Art.
Série : Jhen
Tome : 20 – La Louve Céleste
Genre : Histoire
Scénario : Néjib
Dessin : Jean Pleyers
Couleurs : Corinne Pleyers
D’après : Jacques Martin
Éditeur : Casterman
ISBN : 9782203228597
Pages : 48
Prix : 13,50 €



