Pour l’amour d’un fils
« -Thorgal !!
-Aaricia ?!
-Notre bébé… Je n’arrive pas à le réveiller… J’ai tout essayé mais rien n’y fait !
-Mon fils ! Ouvre les yeux ! Jolan ?!
-Il allait bien tout à l’heure.
-Ce n’est quand même pas ce collier ? »
Northland, côtes septentrionales. Alors qu’il est parti acheter une chèvre au village, Thorgal sauve une jeune femme aux prises avec trois vikings. En remerciements, elle lui offre un collier d’ambre, censé lui porter chance. De retour chez lui, il l’offre à Aaricia qui le laisse de côté. Jolan se l’accapare et s’endort dès qu’il le met autour de son cou. Dès lors, impossible pour ses parents de le sortir de sa léthargie. Thorgal décide de partir à la recherche de celle qui le lui a donné pour l’obliger à lever son maléfice. En rêve, l’orphelin des étoiles parvient à communiquer avec son fils. Apeuré, Jolan demande à son père de venir le chercher dans la forteresse d’ambre où il est retenu. Après un périple sur une mer déchaînée, Thorgal débarque dans une contrée ravagée par un impressionnant incendie. Dans le village en bordure de la côte, il retrouve Ingrid, la femme qui lui a offert le collier. Etrangement, il n’y a que des femmes. Tous les hommes sont plongés dans le même sommeil que Jolan.

Comme souvent, si Thorgal quitte son domicile, ce n’est pas par goût de l’aventure, c’est parce qu’il a un problème familial à résoudre. Ce sixième Thorgal Saga ne déroge pas à la règle. Les dieux le mettent une nouvelle fois à l’épreuve. Fan de la Saga, Christophe Bec a demandé à Valérie Mangin de le rejoindre. La scénariste a développé le personnage de la déesse de la mythologie scandinave Huldra. Celle-ci n’est pas un ennemi offensif. Elle ne fait que se défendre et se protège d’un monde qui l’a maltraitée. La recluse a deux facettes, l’une empathique, l’autre maléfique. L’histoire dénonce aussi l’exploitation abusive des ressources naturelles par les hommes, punis de piller l’ambre de la montagne. Pour remettre tout d’aplomb, Thorgal prend le costume d’Ulysse 31 qui doit réveiller ses compagnons de voyage. De son côté, Aaricia assume son rôle de protectrice du foyer, non moins périlleux lorsque survient un vol d’insectes géants.

Christophe Bec reprend ses crayons en adaptant légèrement son style pour se rapprocher de celui de Rosinski. Il a raccourci ses hachures, adopté les bulles en nuages. Il parvient à maîtriser les personnages iconiques tout au long de l’album. On sait que la tâche est extrêmement complexe, qu’il ne faut pas décevoir les lecteurs, qu’il est inutile de tenter de copier-coller le maître, qu’il faut faire son propre Thorgal, avec sa propre personnalité tout en faisant croire au subconscient du public qu’il lit celui qu’il a toujours lu. De la mer déchaînée aux montagnes embrasées, du village côtier au palais de la divinité, Bec montre ses grands talents de décoriste, transcendés dans des doubles planches de toute beauté, donnant toute la dimension éditoriale que l’on attend d’une série comme Thorgal Saga. Quant aux couleurs, Gaëtan Georges fait le pont avec la série-mère, où il est aux commandes, en ajoutant l’éblouissant orange de l’ambre.

La déesse d’ambre est un Thorgal de fort bon cru. La résolution est peut-être un peu rapide. On aurait aimé voir Thorgal batailler plus. Mais on est un héros ou on ne l’est pas ? En attendant Le grand Bargha, prochain Thorgal Saga par Sébastien Vastra et Eric Hérenguel, la conclusion de celui-ci invite à se précipiter sur l’histoire qui suit dans la chronologie et qui est l’un des tous meilleurs albums de la série, le terrifiant : Alinoë.
Série : Thorgal Saga
Tome : 6 – La déesse d’ambre
Genre : Heroïc Fantasy
Scénario : Valérie Mangin
Dessins : Christophe Bec
Couleurs : Gaëtan Georges
D’après : Rosinski & Van Hamme
Éditeur : Le Lombard
ISBN : 9782808214032
Nombre de pages : 112
Prix : 24,95 €



