On ne voit qu’avec le cœur
« -Bonjour Madame, je viens rendre visite à Monsieur Mesmer.
-Vous êtes un ami de Gustave ?
-Euh, oui, tout à fait.
-Il est en psychiatrie au cinquième étage, salle 512. Ils sont en atelier. »
Kim est livreur à domicile à vélo. Courant contre le temps pour le plaisir de clients ingrats, lors d’une chute l’envoyant valdinguer dans un sous-bois, il est réprimandé par un bonhomme bizarre se plaignant qu’il écrase des champignons. Gustave, c’est son nom, est rapidement récupéré par des infirmiers qui le ramènent dans l’unité psychiatrique de l’hôpital duquel il s’était évadé. Quelques jours plus tard, en allant lui rendre visite, Kim découvre que Gustave est un artiste-inventeur. Il conçoit des plans pour créer un vélo volant. Lors d’une sortie en cachette, Kim et Gustave vont se retrouver malgré eux au milieu d’une manif contre le génocide palestinien qui va dégénérer. Pris à parti, ils sont tirés d’affaire par Roseline, une belge d’origine vietnamienne qui les recueille chez elle. Ensemble, direction la forêt. On va le fabriquer ou pas ce vélo volant ?

L’invisible est de ces albums qui touchent au plus profond du cœur. L’invisible, c’est l’histoire de trois paumés. Mais au fond, ne seraient-ce pas toutes les autres personnes qui gravitent autour qui seraient les paumés ? Ces trois-là, et bien ce sont eux qui ont tout compris au sens de la vie. Où commence et où s’arrête la liberté individuelle ? Que signifie vivre ensemble ? Si Kim est le personnage auquel le lecteur s’identifiera le plus aisément, Gustave est inspiré d’un artiste allemand qui a réellement existé : Gustav Mesmer, alias l’Icare de Lautertal, figure de l’art brut, doux rêveur obnubilé par les bicyclettes volantes.

En 2018 déjà, Monsieur Iou avait frappé fort avec son Tour de Belgique, plusieurs fois réédité chez le même éditeur, Rue de l’échiquier. Dans un style graphique complètement différent, l’album racontait un road trip à vélo en Belgique dans lequel l’auteur-cycliste ne cherchait nullement la performance et privilégiait les paysages, les rencontres, l’humain. Les rencontres et l’humain, voici aussi l’âme de L’invisible, one shot dont on comprend le but au fur et à mesure de l’avancée de la lecture. Début banal, l’histoire d’un livreur lambda, sa morne vie de famille. Ça ferait un bon film des frères Dardenne. Puis, à l’aulne de rencontres improbables, non pas tout d’un coup comme le ferait une boule de bowling dans un strike mais plutôt comme dans un pendule de Newton, bibelot avec plusieurs boules et quand on bouge la première, ça bouge la dernière sans bouger celles du milieu, on réalise l’intensité de l’aventure dans laquelle on est embarqué.

Histoire d’art, histoire de burn out, histoire de santé mentale, L’invisible montre qu’avec une détermination plus forte que tout, on peut déplacer des montagnes et faire de ses rêves une réalité.
Titre : L’invisible
Genre : Histoire émotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Monsieur Iou
Éditeur : Rue de l’échiquier
ISBN : 9782374255378
Nombre de pages : 176
Prix : 24,90 €



