L’esprit Gulliver
« -Qu’est-ce que tu fais-là, toi ?
-Je fais rien monsieur, je fais rien !
-Pourquoi te caches-tu là ?! Les esclaves ne montent pas dans les chaloupes ! Les chaloupes sont pour les maîtres !
-Je… Je voulais pas… Je sais pas nager…
-Quel égoïsme ! Puisque tu es là, tu vas te rendre utile. Prends tes rames, il faut se rapprocher de la côte. Allez, du nerf ! Il y a un fort courant. »
Milieu du XVIIIème siècle, le galion La Belle Héloïse essuie une tempête. Ses occupants sont contraints de le quitter dans des canots de sauvetage. Si l’essentiel des matelots prend place dans l’un d’entre eux, Emilien de Terrecourt, parti pour vendre à bon prix l’ensemble de la cargaison, voit son rêve sombrer pendant qu’il est dans un autre canot en compagnie de Prudence, une esclave. S’il avait écouté le capitaine du navire et ne s’était pas entêté à vouloir poursuivre la route malgré la grosse mer, ils n’en seraient pas là. Après quelques heures de dérive, la barque s’échoue sur une île. La nature est hostile. La faune est agressive. Dans la nuit, Prudence disparaît. En partant à sa recherche, Emilien est capturé par… une grande personne.

Le rescapé est amené dans une tribu de géants dont il devient l’esclave, traité comme un animal de ferme. Ils parlent une langue inconnue. La communication est impossible. Pendant ce temps, Prudence pêche et cueille afin de se sustenter. Elle découvre une autre tribu de géants, tout blancs. Ceux-ci ramènent au camp le corps d’un être de la tribu de ceux qui détiennent Emilien. Sous ses yeux horrifiés, ils le dévorent. En cachette, elle délivre un second otage avant qu’il ne serve de repas. Tous d’eux s’enfuient dans la jungle. Il l’amène jusqu’à son village où elle retrouve son ancien maître, en train de vivre, et de comprendre peut-être, la condition d’esclave.

Pour son nouvel album, toujours aux couleurs des îles, Tehem quitte le côté historique de Vingt-décembre pour une histoire imaginaire, synthèse hommage de lectures inoubliables telles que Les voyages de Gulliver, Vendredi ou la vie sauvage et autres Robinson Crusoë. L’album est sous-titré Récits du naufrage de la Belle Héloïse. C’est en fait une seule et même histoire racontée à chaque chapitre avec le point de vue d’un protagoniste complétant les informations que l’on connaît tout en faisant avancer l’action dans le temps. Après le prologue, Emilien ouvre le bal, suivi de Prudence, puis place au regard des géants avec Majé, puis la « petite » Jélé. Bien que fiction, là où le livre rejoint la bibliographie de Tehem, c’est aussi parce qu’il traite en profondeur du thème de l’esclavage. Qui sommes-nous pour asservir les autres ? Emilien se remet en question tout en vivant ce qui se rapproche d’un syndrome de Stockholm dans un final inattendu.

D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Paul Gauguin s’était posé la question. Tehem apporte un fragment de réponse, de sa réponse. Sous couvert d’une aventure exotique, Les grandes personnes est un conte philosophique, un pamphlet anti-raciste et rassembleur, qui fait se poser des questions sur le sens de la vie.
Titre : Les grandes personnes
Genre : Aventure
Scénario, Dessins & Couleurs : Tehem
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782205213133
Nombre de pages : 152
Prix : 22,95 €



