Eloge du 9ème Art par l’un de ses contributeurs
« Ce dictionnaire amoureux ne prétend, bien sûr, à aucune exhaustivité. Comme le veut cette collection, il est le reflet de mon histoire, de mes rencontres et de mes goûts. Les classiques de la bande dessinée franco-belge y tiennent une place importante, tout comme certaines œuvres expérimentales. Chacun, c’est inévitable, s’étonnera de plusieurs absences, surtout parmi les autrices et auteurs contemporains : les talents sont aujourd’hui si nombreux, les publications si diverses qu’il serait impossible d’en rendre compte. Je ne ferai qu’effleurer le vaste univers des mangas, qui mérite un dictionnaire complet. Mais j’espère, au fil des pages, inviter à de belles découvertes ou redécouvertes dans un paysage de la bande dessinée en perpétuelle métamorphose. » (Benoît Peeters)
Connu par les profanes comme étant le scénariste des Cités Obscures pour François Schuiten ou comme biographe de Hergé, Benoît Peeters est bien plus que ça. Benoît Peeters est un spécialiste et un amoureux de la bande dessinée. Il nous le prouve ici dans ce dictionnaire qui paraît dans la désormais mythique collection des dictionnaires amoureux aux éditions Plon. Comme tous les ouvrages de la série, il n’a pas pour but de faire une description exhaustive d’un univers, mais de proposer des entrées en fonction des goûts et des points de vue de son auteur. Ça tombe bien, Benoît Peeters a un regard à 360 degrés sur le Neuvième Art. Pour ceux qui l’ignoraient, on le découvre dans ce recueil où, plus que d’écrire des définitions, l’auteur raconte des auteurs, des héros, des techniques, des événements… avec sa verve et sa passion.

C’est le mensuel (A suivre) qui ouvre le bal. Publié par les éditions Casterman entre 1978 et 1997, il accueille Tardi, Pratt, Prado, Baru et de nombreux autres auteurs qui seront les précurseurs de ce que l’on appellera plus tard très pompeusement le roman graphique. Tiens, allons voir justement ce que dit Peeters à ce sujet. Si au début de l’article, l’expression ne semble pas l’interloquer, il va finement analyser la situation. Pour lui, le roman graphique est né une première fois en 1975 avec La ballade de la mer salée, premier album de Corto Maltese, souple, 168 pages en noir et blanc, sortant des conventions de l’époque. Il sera récompensé à Angoulême. C’est trois ans plus tard que le terme « graphic novel » apparaît pour la première fois aux Etats-Unis avec A contract with God, signé Will Eisner. Gen d’Hiroshima, Maus, Watchmen, Moi ce que j’aime c’est les monstres, Persepolis ne sont que quelques exemples de livres classés dans la catégorie « romans graphiques » qui, Peeters est lucide, est une manière un peu hypocrite de rassurer celles et ceux qui se méfient de la bande dessinée. Pour d’autres, c’est tout simplement une catégorie commode de classification.

Côté auteurs, les ténors sont évidemment au rendez-vous : Jacobs, Martin, Uderzo, Morris, Franquin, Goscinny, Moebius, Tardi, Gotlib… Jijé passe au second plan, dans les articles sur Franquin et le journal Spirou. Saint-Ogan entre par l’intermédiaire de Zig et Puce. Quinze pages sont consacrées à Hergé. Le maître n’en méritait pas moins. L’entrée du dictionnaire est composée de deux parties très distinctes. Si la seconde raconte Hergé, la première raconte les rapports qu’ont entretenus les deux hommes. Tintin au Tibet est la première BD qu’a lu Peeters. Plus tard, il réalisera un travail universitaire sur Les bijoux de la Castafiore, avant de le rencontrer pour un entretien destiné à la revue littéraire Minuit. Peeters publiera une biographie de Hergé en 2002.

Même s’ils sont moins nombreux, les auteurs contemporains sont bien présents ; Sattouf, Zep, Bagieu, Bechdel, Larcenet, Doucet, Meurisse, Fabcaro, Urasawa… Bien que le sujet ne soit qu’effleuré, Peeters l’avoue, le manga est néanmoins représenté.
Des entrées « techniques » complètent le livre. Comme dans les plus belles heures des Cahiers de la Bande Dessinée, Peeters psychanalyse l’élément « case », remet à leur place les « phylactères », compare le « dessin » et le « redessin », questionne la fascination des « dédicaces », un don et pas un dû. De sa naissance à ses problèmes, le festival d’Angoulême est un rendez-vous historique. Et quand il parle d’expositions, là ou ailleurs, Peeters soulève la problématique de la confusion des genres entre planches originales et reproductions. Une belle chronique sur l’histoire de la presse BD rappelle à quel point elle manque aujourd’hui, Spirou et Fluide Glacial étant les derniers survivants. Malgré certains espoirs, le numérique n’a pas remplacé la prépublication. Au contraire, il inquiète.

En près de 600 pages, Benoît Peeters offre son point de vue sur l’Histoire de la bande dessinée. Souvent objectif, parfois subjectif, comme cette chronique qui ne fait que le survoler, ce dictionnaire amoureux de la bande dessinée est un ouvrage d’étude de référence.
Titre : Dictionnaire amoureux de la bande dessinée
Genre : Ouvrage d’étude
Auteur : Benoît Peeters
Illustrations : Alain Bouldouyre
Éditeur : Plon
ISBN : 9782259320818
Nombre de pages : 608
Prix : 26 €



