Mauvais temps pour mauvais temps
« -Le temps s’est encore assombri, non ?
-J’ai l’impression que c’est encore pire qu’hier !
-T’as raison… On dirait que le jour peine à se lever…
-Le pire, Makiko, ce n’est ni le froid ni l’obscurité… C’est ce que nous dit le ciel.
-Qu’est-ce que tu racontes, Kohei ?
-Il nous adresse un mauvais présage.
-Arrête un peu tes histoires, tu veux ! »
Eté 1970, port de Shikomi, dans la baie de Wakasa. Un jeune homme attend un ami qui doit lui montrer sa collection de katanas. Il peut attendre longtemps, celui-ci est à Osaka pour des examens médicaux. Dans un bar du village, un ivrogne est mis à la porte par Makiko, la propriétaire, une dame âgée, parce qu’il est l’heure de fermer. Sayori, une livreuse, vient porter un carton de bouteilles de saké. Le vent commence à souffler. On se croirait en hiver. Il y a peu de monde. Depuis qu’il y a une voie rapide pour se rendre à Kyoto, plus personne ne s’arrête dans ce village de pêcheurs qui se vide petit à petit. La concurrence de la pêche industrielle n’arrange pas les choses. Deux jours plus tard, étrange phénomène climatique, la neige tombe sur la commune.

De la neige en plein été, ça n’a rien de normal. Il fait de plus en plus froid. Makiko propose à ceux qui le veulent de passer la nuit dans l’auberge, le temps que la tempête se calme. Au quatrième jour, un cadavre lacéré est découvert dans le blizzard. Quelqu’un aurait-il profité des conditions pour commettre un crime ? Le lendemain, c’est une deuxième victime qui gît sur la place du village. Un assassin rôde dans les rues. Alors que les reclus commencent à se regarder en chiens de faïence, Takashi et quelques volontaires décident de sortir faire une ronde. L’ombre mystérieuse qu’ils aperçoivent va entrer dans le bar à minuit trente. C’est un étrange samouraï qui repart sans toucher au verre qui lui a été proposé, après avoir fredonné une berceuse traditionnelle. Une légende raconte qu’autrefois cinq samouraïs se seraient installés dans la seule auberge du village, ici même. Que sont-ils devenus ? Le visiteur du soir en fait-il partie ? Quel est leur lien avec les meurtres perpétrés ?

« Je tuerai la pianiste afin que l’on sache que quelque chose existe. » Ces quelques mots écrits par Gérard Manset pour une chanson d’Alain Bashung introduisent l’album. A sa sortie, le chanteur déclarait ceci : «C’est presque une phrase ambiguë pour moi. «Je tuerai», je n’ai jamais formulé cela aussi directement, même si la pensée nous effleure tous un jour. En règle générale, j’ai toujours veillé à ne jamais dire ou chanter quelque chose qui aurait à voir avec la compassion. Je déteste faire l’artiste qui se plaint. Mais là, on est un peu dans le Fantôme de l’opéra, avec un personnage fou d’amour, une grande souffrance tragique. Alors, pourquoi ne pas dire que chez les artistes aussi les choses ne sont pas toujours très claires.» Un personnage fou d’amour, une grande souffrance tragique, on est peut-être dans la tragédie de Gaston Leroux, mais on est aussi dans Neige de sang. Alain Bashung ne le savait pas, mais il chantait Neige de sang. Je tuerai… Quelque chose existe… Comme le disait l’interprète, chez les artistes, les choses ne sont pas toujours très claires. Les artistes Corbeyran et Rurik Sallé installent leurs personnages dans une quatrième dimension mystérieuses, mais tout sera justifié. Aux dessins et aux couleurs, le prolifique Jef montre plus que jamais qu’il est l’une des valeurs sûres du moment. Jef prend des risques, se remettant en question d’une planche à l’autre avec des découpages pas toujours conventionnels, même dans des scènes qui pourraient sembler plus calmes que d’autres.

« Je tuerai la pianiste Pour ce qu’elle a fait de moi Chaque jour que Dieu fait Chaque semaine, chaque mois Et quand ce sera fait Que le jour se lèvera Par l’entrée des artistes Quand on saura que c’est moi Alors je m’en irais Je la couvrirai d’or Alors je m’en irais » Conte moderne qui n’aurait pas dénoté dans la Twilight Zone, plus qu’un thriller fantastique, Neige de sang est l’une des plus belles histoires d’amour que l’on puisse lire.
One shot : Neige de sang
Genre : Drame fantastique
Scénario : Corbeyran & Rurik Sallé
Dessins & Couleurs : Jef
Éditeur : Ankama
ISBN : 9791033530602
Nombre de pages : 80
Prix : 18,90 €



