Cruel Hollywood
« -Jake ! Ravi de vous rencontrer en personne. J’ai hâte de vous montrer ce qu’on prépare pour frank, votre bonhomme. Vous allez adorer. Demain, on vous emmène sur le plateau, vous verrez vos dessins prendre vie, vous voyez ?
-Super. J’ai hâte aussi. Quand dois-je participer aux réunions de scénaristes ?
-Pas immédiatement, nous préférons que vous vous acclimatiez d’abord, avant de vous jeter dans la cage aux fauves. »
Mars 2012, Jacob Kurtz débarque à Hollywood. Après sa dépression nerveuse, une nouvelle carrière s’ouvre à lui. Le dessinateur de BD va voir son personnage fétiche le détective Frank Kafka adapté pour le petit écran. Méfiant, à l’aube de la quarantaine, Jacob n’a pas l’intention qu’il subisse le même sort que tous les autres dessinateurs et scénaristes passés par là avant lui. Il compte bien maîtriser l’avenir de son œuvre. La rencontre avec Dan Rails, le responsable, se passe plutôt bien. Il promet à Frank de lui passer dès le soir même les premiers scénarios. Dès la première lecture, c’est la douche froide. C’est mauvais, ça ne ressemble pas à son travail. Toute l’originalité de son personnage a disparu. Jacob est en train de découvrir la face cachée d’Hollywood. Réussira-t-il à faire passer ses idées ou sera-t-il contraint de s’effacer ? Il ne se rend pas encore compte du piège encore plus vicieux qui se referme sur lui.

Bay City, 2019. Angie, 19 ans, brise la vitre d’une fenêtre au troisième étage d’un immeuble, comme une gamine désespérée croyant qu’elle pourra tout arranger, que c’est seulement une histoire de fric. Mais non. C’est de la génétique. Elle cherche de l’argent pour sauver La Grogne, celui qui l’a élevée après le meurtre de sa mère. Il a une saloperie de maladie. Pendant onze ans, il s’est occupé d’elle, sans qu’elle en soit toujours reconnaissante. Avec de l’argent, elle pourra l’amener se faire soigner correctement à l’étranger. Lorsqu’elle commet cette infraction, elle ne sait pas encore qu’il est trop tard pour son papa de substitution. Pourra-t-elle au moins seulement continuer à travailler dans le bar qu’il avait promis de lui laisser ?
Jacob et Angie n’avait rien en commun et pourtant le destin allait les faire se rencontrer. Alors que le dessinateur a repris sa vie d’auteur indépendant, loin des sirènes d’Hollywood, pour rendre service à un ami, il prête son sous-sol à Angie. Il vit sa vie. Elle vit la sienne. Mais quand elle va avoir de nouveaux problèmes, il ne sera pas du genre à la laisser dans la mouise.

Quelques années après Un été cruel, le trio Brubaker-Phillips-Phillips retrouve l’univers de Criminal pour un nouveau polar noir. Fort de son expérience de showrunner sur la série télévisée adaptée de Criminal justement, Ed Brubaker dresse un portrait implacable de l’industrie hollywoodienne. Mais ce n’est pas la seule origine de son histoire. Alors que son père était mourant, sa sœur s’est fait dépouiller par une femme de ménage. Il a ajouté à ça le personnage de la petite looseuse qu’est Angie pour accoucher d’un scénario tentaculaire où les histoires se croisent et se décroisent dans une conception impeccable. Ed Brubaker est incontestablement dans la short-list des meilleurs scénaristes du monde. Les Phillips père et fils sont en fusion avec l’écrivain dans un graphisme et une mise en couleurs comics hors pairs.

A part celle de super-héros, la bande dessinée américaine est trop peu considérée en France. Avec une bibliographie maintenant très conséquente, Brubaker et les Phillips la mettent pourtant sur le haut, sur le très haut du panier. Acharnez-vous sur ces acharnés.
One shot : Criminal – Les acharnés
Genre : Thriller / Polar
Scénario : Ed Brubaker
Dessins : Sean Phillips
Couleurs : Jacob Phillips
Éditeur : Delcourt
Collection : Contrebande
ISBN : 9782413089902
Nombre de pages : 200
Prix : 29,95 €



