Déclin d’Empire
« -Quelle surprise de te voir au Palais… Tu as conservé cette perruque ridicule ! Allons. Cela est passé de mode depuis plus de dix ans. Raconte-moi !
-C’est un désastre. La terre de nos défunts parents est accablée. Je cherche un appui ou un travail auprès de l’Empereur. »
Une enfant ramasse du bois en pleine campagne pendant qu’un homme lui demande s’il faut croire à tout ce qui est écrit dans la Bible. Pendant ce temps-là, à la cour, nobles et nobliaux sont réunis. On y parle de politique et de relations tout en buvant quelques coupes de champagne. Dans la chapelle, agenouillé, un gentilhomme prie le Seigneur pour sauver les récoltes du domaine où la misère s’enracine. Cet homme, c’est Flavius. Il est veuf et a confié sa fille Marta à son frère. Ce sont eux que l’on a vu en plein glanage de bois. Flavius va se rendre au palais afin de chercher un appui ou un travail auprès de l’Empereur. Ce dernier ne fait plus que quelques apparitions à l’église. Quant au Ministre, il est bien occupé sur les champs de bataille. Fief de malheur ! Le sort s’acharne.

Alors que Flavius va parcourir le pays en servant sa patrie pour subvenir à ses besoins, sa fille Marta philosophe avec son oncle. Tous deux sont loin des réalités du monde. Si l’adulte tente de les lui faire comprendre, l’enfant préfère la compagnie de ses livres où elle trouve le soleil qui lui manque, les saisons de tous les pays, des sentiments plus forts et des passages qu’elle peut sauter s’ils ne lui plaisent pas. Parfois, un courrier de son père lui rappelle son bon souvenir. C’est comme ça qu’elle va apprendre qu’il est parti à la guerre.

Adoremus Christum In Æternum, Aciæ, Adorons le Christ pour toujours. C’est sous ce titre que l’auteur EMG nous entraîne dans l’Europe centrale du début du XIXe siècle. Assez complexe à suivre, le récit se comprend et s’apprécie lors d’une deuxième lecture. Aciæ est l’histoire d’un père séparé de sa fille, d’une fille séparée de son père. C’est une histoire sur les strates d’une société à plusieurs étages, avec des riches, des pauvres, et des riches qui pourraient bien devenir pauvres s’ils ne réagissent pas. C’est cela, l’histoire de Flavius. Parallèlement, Marta s’est réfugiée dans les livres et en parle comme on ne pourrait mieux le faire. Elle a peur que la réalité ne la déçoive par rapport à ce qu’elle y apprend. Elle montre l’intérêt, la puissance et la résilience qu’offre la lecture face à la marche du monde.
Graphiquement, EMG réalise un OVNI. On est plus proche de La couleur des choses de Martin Panchaud que d’une bande dessinée « traditionnelle », à la différence près qu’EMG propose de véritables cases, avec des personnages faits de formes géométriques. Les bulles sont exceptionnelles, avec des formes 3D évoluant selon les scènes.

Quand la technologie est au service de l’objet-art que peut être un album de bande dessinée, alors, il n’y a pas de scrupules à considérer son auteur tel un dessinateur comme un autre. EMG est un dessinateur architectural. Par le biais de relations familiales bouleversées, il propose ici un récit de fin d’époque émouvant qui montre les difficultés des hommes à vivre la transition.
One shot : Aciæ Z79
Genre : Intrigue intrigante
Scénario, Dessins & Couleurs : EMG
Éditeur : Tanibis
ISBN : 9782848410845
Nombre de pages : 96
Prix : 19 €