Magistrale adaptation d’un roman intemporel
» – Hey, tu peux poser les sacs de la dame blanche, maintenant. on est libres !
– Libres de quoi ? D’être inutiles ?
– On a choisi de ne rien faire … et pouvoir choisir, c’est déjà être libre. »
Février 1866, Atlanta est détruite par les incendies et la guerre. Le Sud a perdu ! Les Unionistes sont désormais les maîtres de la ville et ils le font bien comprendre. Difficile pour les anciens Confédérés de conserver leur « standing » d’antan ! Surtout qu’il faut trouver de la main d’œuvre à payer maintenant ! Les esclaves ont été affranchis et certains ne sont pas prêts à retravailler pour leurs anciens maîtres. D’autres, dans leur misère, ne rêvent que de se venger d’eux. Pour Scarlett, la vie est un combat de chaque jour. Trouver de l’argent afin de régler les dettes de Tara, s’assurer de quoi subvenir aux besoins de son père, de sa sœur, de Mélanie et de son mari, Ashley Wilkes, dont elle ne cesse de rêver, … Ceci sans compter son irrésistible besoin de se mettre elle-même à l’abri : logement, … et surtout …
« ne plus jamais connaître la faim » !
Apprenant que Rhett est emprisonné pour meurtre, elle lui rend visite pour tenter de l’attendrir en vue obtenir de l’argent. Mais du haut de son arrogance, ce dernier devine rapidement le jeu de Scarlett et s’en joue adroitement pour l’humilier … une fois de plus !
Qu’importe ! Elle trouvera une autre solution … Celle-ci apparaîtra sous les traits du fiancé de sa sœur Suellen, Frank Kennedy … qu’elle n’hésitera pas à lui « voler » ! Un mariage d’argent qui, tout en sauvant Tara, la lance dans les affaires.
S’impliquant dans celles de son mari, avec de l’argent prêté par Reth, elle achète une scierie et s’investit avec succès dans le commerce du bois. Elle ne voit que ses intérêts sans se soucier réellement du « Qu’en dira-t-on » !

Suite à une agression d’anciens esclaves noirs, son mari et d’autres Sudistes, tous membres du KKK organisent une expédition punitive. Malheureusement, dans l’affrontement, il meurt laissant Scarlett veuve. Complètement abattue, elle sombre dans un désespoir profond. Mais Butler, jamais très loin, lui avoue enfin son amour pour elle et l’épouse.
Une union orageuse entre deux êtres qui s’attirent comme ils se détruisent. Car toujours entre eux, l’amour de Scarlett pour son beau-frère, Ashley … et l’espoir inavoué qu’un jour, il aurait pu … si la vie n’en avait décidé autrement !
Toutefois, il est dit que le destin lui interdira paix et tranquillité … tout comme d’atteindre enfin son rêve secret : l’amour de son beau-frère, Ashley Wilkes, le mari de sa tendre et timide cousine Mélanie, un ange de bonté, admirée et appréciée de toutes et tous à Atlanta.
Tout son opposé …
Mensonges, trahisons, froide, calculatrice, manipulatrice, n’ayant aucun scrupule, rien n’arrête cette femme au caractère bien trempé dans sa quête de l’absolu.
Menant sa vie comme bon lui semble, ignorant les ragots et médisances, bravant tous les « interdits sociaux », Scarlett s’attire de nombreux reproches de la bonne société sudiste ! Qu’importe à nouveau jusqu’au jour où, au creux de la vague …
» – Non, mais Rhett, j’ai peur …
– Allons Scarlett. Vous n’avez jamais eu peur de votre vie.
– J’ai peur d’aller en enfer.
– Mais Scarlett … l’enfer, c’est ici, sur cette terre. Vous êtes en enfer, là, maintenant. »
Mais Rhett Butler est inlassablement là ! Au fond d’elle, elle l’aime … et de son propre aveu, c’est réciproque … Il le lui avoue alors qu’elle est enceinte de son premier enfant ! Sera-t-il l’ange de sa rédemption ?
» – … je veillerai sur vous pendant les prochaines semaines …
– Rhett … Oooh ! Vous, me protéger ?
– Oui, ma chère. Et pourquoi ? A cause de mon amour pour vous, madame Kennedy … j’ai silencieusement eu faim et soif de vous, et vous adorais de loin. mais étant, comme Ashley Wilkes, un homme honorable, je vous l’ai caché. »
Mariages, enfants, réussite dans les affaires, tout pourrait enfin lui permettre de connaître la sérénité ! Pourtant Scarlett continue d’être cette insatisfaite jeune femme dans une course effrénée vers un bonheur total et visiblement inatteignable ! A chaque fois qu’elle pourrait se dire de l’avoir enfin trouvé, le Destin et la Mort la frappent cruellement, l’obligeant à se renforcer, à se durcir encore plus !
« Les fardeaux sont pour mes épaules assez fortes pour les porter »
Une action quasi en vase clos, dans un Atlanta qui doit se rebâtir, un Sud qui doit apprendre à survivre. Les uns et les autres qui ne cessent de se croiser, de s’associer et s’entraider ou de s’opposer, malgré les circonstances, la guerre, la défaite, la peur de perdre le peu qu’il leur reste, d’avoir encore un jour « faim » et d’être seuls !

Une majestueuse histoire d’amour, de passion sur fond de guerre, avec comme personnage central, Scarlett O’Hara. Une tragédie classique, antique à la sauce américaine d’une jeune femme amoureuse de deux hommes …
« Scarlett n’avait compris aucun des deux hommes qu’elle avait aimés et les avait perdus tous les deux.
Si elle avait compris Ashley, elle ne l’aurait jamais aimé.
Si elle avait compris Rhett, elle ne l’aurait jamais perdu. »
Et comme morale cette ultime pensée :
« Après tout, demain est un autre jour ! »

L’adaptation de Pierre Alary est une prouesse scénaristique et graphique. S’attaquer à un tel monument littéraire pouvait apparaître comme une gageure mais Pierre a réussi à en garder toute la « substantifique moëlle », la dynamique et l’intense énergie.
Son découpage, ses cadrages et angles, ses cases, tout est au service de la narration, des sentiments qu’elle inspire. Peur, amour, tendresse ou détresse, ses regards les font sortir des cases pour aller directement toucher le cœur du lecteur !
Pour sublimer son trait, des couleurs chaudes, ocrées comme celles d’un crépuscule … celui d’un monde en déclin.
L’ambiance hors du temps des maisons coloniales sudistes, leurs réceptions et bienséances mondaines, les affres de cette sanglante guerre de Sécession sont les décors de ces passions humaines dans un monde en total disparition et qui ne sait plus de quoi sera fait son lendemain. Pourtant, il lui faut survivre et même continuer à vivre en se reconstruisant, en s’adaptant et en surmontant les épreuves.

Un dessin, des dialogues, une narration, des couleurs soignées faisant exploser toute la dramaturgie de ce roman légendaire. Chaque planche, chaque case ne traduit que l’aspect dramatiquement humain de cet amour. Scarlett et Rhett se cherchent, s’évitent, se retrouvent pour s’éloigner à nouveau. Ils ne peuvent faire autre chose que de s’aimer en se déchirant jusqu’à l’explosion de leur passion dans un déchirement ultime !
Deux albums somptueux, luxueux, soignés dans leur finition, dos toilé, couverture avec dorures à chaud, papier de qualité dans un format large, … Bref à la hauteur du roman !
Série : Gone with the Wind
Tome : 2
Scénario, dessin & couleurs : Pierre Alary
D’après : Margaret Mitchell
Éditeur : Rue de Sèvres
ISBN : 9782810202300
Page : 160
Prix : 27 €