36 fables enluminées
« La cigale ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue. Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau. Elle alla crier famine chez la fourmi sa voisine. »
« Un loup qui commençait d’avoir petite part aux brebis de son voisinage crut qu’il fallait s’aider de la peau du Renard et faire un nouveau personnage. » Sous les crayons de Cyril Pedrosa, un premier personnage entre en scène. Il cherche une ruse pour boulotter le troupeau du pâtre. Le fourbe arrivera-t-il à ses fins pour assouvir sa faim ? Sur une plage en mi-saison, deux pèlerins se disputent une huître. Qui en fera son repas ? Ils risquent fort d’être mis d’accord par une arrivée imprévisible, sur des dessins du méticuleux Michel Plessix. Tiburce Oger fait cheminer quant à lui deux mulets, l’un chargé d’avoine, l’autre de l’argent d’un impôt qui sera source de convoitises. Rien ne sert de s’en vanter. Bien plus tranquille est celui qui sert le meunier.

Avec leurs morales politiques, les fables de La Fontaine sont des leçons de vie. Elles invitent à réfléchir sur sa condition propre, à reconsidérer sa place dans la société, à s’en contenter souvent. Les animaux sont les reflets d’humains. Les humains, plus rares, sont des caricatures d’eux-mêmes. Des fables peu connues alternent avec les plus classiques. « La raison du plus fort est toujours la meilleure. » : dans Le loup et l’agneau, avec Jean-Luc Loyer, l’on commence par la morale. Il faudra attendre la conclusion, mais on la connaît par cœur, pour voir le corbeau dessiné par Turf s’envoler tout penaud, tout flatteur vivant aux dépens de celui qui l’écoute. « On n’en dit rien encore dans le conseil des dieux, les petits et les grands sont égaux à leurs yeux. », c’est la conclusion de l’oubliée L’éléphant et le singe de Jupiter, sous les pinceaux de justement l’un des plus grands dessinateurs animaliers de tous les temps : l’immense et regretté, l’adorable René Hausman.

Alain Ayroles reprend en préface une épigramme que Boileau fit parvenir en son temps à Jean de La Fontaine :
Ajoutons au récit l’agrément de l’image :
Illustrons nos propos en peignant sur la page
Des tableaux enchaînés en cortège gracieux.
Ce qui se conçoit bien s’en énoncera mieux !
Il paraît que le fabuliste s’empressa à l’époque de faire illustrer ses écrits, mais que le résultat décevant parti au pilon. C’est chose réparée aujourd’hui avec cette compilation des trois volumes de fables parus il y a quelques temps chez Delcourt. Fidèle à son esprit « De capes et de crocs », on se doute bien que l’anecdote narrée par Ayroles est une galéjade de plus du poète scénariste. La Fontaine l’aurait bien appréciée. Jean-Luc Masbou rétablit la vérité en dessous. Avec ses camarades dessinateurs, il fait partie des « Modernes » qui de nos jours font revivre ces textes magnifiques.

Les fables de La Fontaine font partie des œuvres fondatrices de la littérature française. Elles sont ici sublimement mises en valeur par la fine fleur des auteurs Delcourt qui, sans toucher une virgule au texte, leur donne la plus belle vitrine.
Titre : Les fables de La Fontaine
Genre : Fables
Adaptations : Cyril Pedrosa, Cécile Chicault, Michel Plessix, Thierry Robin, Pierre Mazan, Tiburce Oger, Claude Guth, Laurent Cagniat, Jean-Luc Masbou, Yann Dégruel, Julie Audibert, Jean-Luc Loyer, Turf, Isabelle Dethan, René Hausman, Jean-Luc Loyer, Nathalie Bodin, Boris Guilloteau, Julien Georgel, Nicolas Debon, Sandrine Revel, Myriam, Alexis Nesme, Christian Durieux, Hervé Tanquerelle, Chloé Cruchaudet, Thierry Martin, Sibylle Delacroix, Pau, Nicolas Keramidas, Bruno Garcia, Thierry Coppée, Christophe Hanze
D’après : Jean de la Fontaine
Couverture : Loïc Jouannigot
Éditeur : Delcourt
Collection : Ex-Libris
ISBN : 9782413095170
Nombre de pages : 136
Prix : 22,50 €



