Stole Road Trip
« -Et toi, tu t’y prends comment pour rouler sous les radars ?
-Je n’ai rien à moi.
-Donc… T’es plus en mesure de posséder quoi que ce soit… ? C’est-à-dire ? T’es fauché ?
-Non, rien à voir. Je pourrais trouver du blé si j’en avais envie. Mais je veux pas. Je ne veux plus jouer à ce jeu-là ? »
Le plus grand plaisir de Troy Alan Falconer est de quitter un motel à l’aube, les cheveux peignés et encore humides, en bottes de rodéo noires et en chemise blanche aux boutons nacrés et de partir à bord d’une voiture qui ne lui appartient pas, de préférence une grosse berline automatique à vitres électriques. En fait, Troy rejette la société de consommation traditionnelle. Pas besoin d’amasser d’inutiles fortunes. Il pique ce dont il a besoin pour vivre au moment opportun. Et lorsqu’il a l’impression de s’approprier les affaires volées, il s’en débarrasse et cherche une autre cible. Ainsi va sa vie sur les longues routes américaines au son des chanteurs country comme Wynn Stewart et Jim Reeves qu’il écoute sur l’auto-radio.

Troy a un frère, Harlan, dont la femme vient de se tirer avec toutes ses économies sans laisser de traces. Si Troy retourne à New Cova pour aider Harlan, ce n’est pas par pur esprit de famille. Arrivé sur place, il découvre que ce dernier a vendu la maison familiale. Il apprend qu’il vit encore dans le coin, en dehors de la ville, habitant un bloc de béton aménagé en piaule près de laquelle il s’occupe d’une grande tour radio. Ensemble, ils vont partir vers Presidio, où crècherait la femme disparue. En volant une voiture comme Troy a l’habitude de le faire, leur road trip va être bouleversé par Martha, la petite fille restée dans le véhicule. La gamine leur raconte la noirceur de sa vie. Pas question pour eux de la laisser tomber.

Presidio est adapté du roman éponyme de Randy Kennedy paru en 2019. L’auteur texan y dépeint l’Amérique sombre de deux losers. Troy est plus filou que voyou. Harlan est un paumé qui a raté sa vie. Tous deux vivent en marge de la société. Après Lovecraft, Simon Treins fait le grand écart en adaptant Randy Kennedy. Le fantastique laisse place à la série noire. Dessinateur pour Marvel et Star Wars, Guiu Vilanova adapte la dynamique Comics au format classique franco-belge. Malgré un encrage parfois trop épais, sous les couleurs sèches de Bertrand Denoulet, il retranscrit parfaitement l’ambiance rude du roman, dont le final laisse bouche bée.

Bien qu’elle soit bien présente, Presidio est plus un récit d’ambiance que d’action. Son intérêt réside dans la peinture de l’Amérique qu’il raconte. L’écrivain, le scénariste, le dessinateur et le coloriste proposent un road trip immersif, ailleurs que dans le pays de carte postale, où les âmes sont plus arides que les paysages.
Titre : Presidio
Genre : Thriller/Polar
Scénario : Simon Treins
Dessins : Guiu Vilanova
Couleurs : Bertrand Denoulet
D’après : Randy Kennedy
Éditeur : Delcourt
ISBN : 9782413044000
Nombre de pages : 64
Prix : 15,50 €



