L’Equateur coupe en deux
« -Cesse de pleurer, maman…
-Tu pars si loin… Tu veux déjà me laisser toute seule !
-Malgré la mort de papa, grâce à toi, j’ai pu terminer mes études. Il est normal que je te le rende. Je vais bien gagner ma vie, là-bas et je pourrai t’envoyer une bonne somme chaque mois.
-Tu es un bon fils… Tu ne vas plus à la messe, mais prions ensemble comme quand tu étais petit, tu t’en souviens ? »
Fraichement marié à Germaine, Joseph Dupuche et sa femme partent à l’autre bout du monde, en Equateur. Dans les années 30, l’Amérique du Sud, c’est encore plus loin qu’aujourd’hui. Joseph est un jeune ingénieur. Il n’y a pas de travail pour lui en France. Il prévoit de revenir dans cinq ans avec un beau pécule d’environ 200 000 francs. Pour le suivre, Germaine démissionne de son emploi dans l’administration des téléphones où pourtant son père lui avait trouvé une bonne place. Joseph va remplacer un ingénieur à moitié fou de la Société anonyme des mines de l’Equateur. M.Grenier, l’administrateur de l’entreprise, lui donne 10 000 francs et deux lettres de crédit promettant chacune 20 000 francs à Panama et à Guayaquil. Le couple embarque sur le paquebot Ville de Verdun.

Après deux semaines de traversée, les Dupuche débarquent en Amérique. Le rêve américain ne va pas tarder à se transformer en cauchemar. Après avoir traversé le canal de Panama et s’être installé dans un hôtel de luxe, Joseph apprend que la Société anonyme des Mines de l’Equateur qui l’a embauché a fait faillite. Erreur ? Escroquerie ? Toujours est-il que le couple n’a presque plus d’argent, est bloqué sur place et va devoir trouver des moyens de subsister. Les premières tensions apparaissent. Germaine accepte un poste de réceptionniste en échange de 30 dollars mensuels logée nourrie. Le gérant ne voulant pas de ménage dans son personnel, Joseph se trouve une chambre dans le quartier noir, le Barrio Negro.

Tout le monde connaît Georges Simenon, auteur des enquêtes du célèbre Commissaire Maigret. Mais il serait fort réducteur de le cantonner à cette seule paternité. En adaptant ses romans noirs, les éditions Dargaud mettent en exergue la riche littérature de l’écrivain. Parmi eux, Quartier Nègre est paru en 1935. Le dessinateur espagnol Javi Rey l’ayant découvert dans son pays sous le titre Barrio Negro, c’est celui-ci qui a été conservé pour la bande dessinée. A l’époque, Simenon s’inspire de ses voyages pour écrire. Cette histoire est celle d’un déclassement social et d’un homme qui décide de tourner le dos au destin. C’est l’histoire d’un couple qui tente de surnager et qui petit à petit se délite. C’est une histoire d’amour(s) avec, en sous-jacent, la démonstration des limites du colonialisme. Simenon observe le monde en même temps qu’il analyse le couple, et l’on sait qu’il en avait une vision bien à lui, l’homme ayant multiplié les conquêtes et les infidélités. José-Louis Bocquet, scénariste-adaptateur, prouve ici que la bande dessinée est un art qui permet aussi de rendre service à la littérature en lui offrant une vitrine telle que celle-ci. L’un et l’autre de ces arts se nourrissent.

Le magnifique travail éditorial de Dargaud est à souligner pour ce livre. Les dessins et les couleurs de Javi Rey sont sublimés dans une maquette, un papier et une impression impeccable. Sous la jaquette à rabats, un autre dessin de couverture, magnifique, résume le destin de Joseph Dupuche.
Barrio Negro est déjà le cinquième volume de la collection. Bocquet travaille sur le suivant, Les gens d’en face, pour Jorge Gonzalez. La collection a plus qu’atteint son but : faire redécouvrir l’œuvre d’un auteur majeur de la littérature francophone.
Série : Simenon
Tome : Barrio Negro
Genre : Drame
Scénario : José-Louis Bocquet
D’après : Georges Simenon
Dessins & Couleurs : Javi Rey
Éditeur : Dargaud
ISBN : 9782505129110
Nombre de pages : 96
Prix : 22,95 €



