Robot après tout
« -Bonjour, vous êtes bien Magda Brooks ?
-En effet, c’est bien moi. Bonjour.
-Je me nomme Lars Olsen. C’est moi qui vous ai téléphoné il y a deux jours.
-Ah oui, vous êtes l’expert en cybernétique… J’avais oublié que vous deviez venir.
-Ce n’est pas grave. Puis-je entrer ?
-Je vous en prie.
-Avant tout, j’aimerais vous présenter mes condolénaces.
-Merci.
-Comme je vous l’ai expliqué au téléphone, la Crown Bank envisage de poursuivre en justice la Randall Company, la société qui a mis au point l’androïde au service de votre père avant son décès. »
A la suite du décès du banquier Charles Brooks dans un accident de voiture, sa fille Magda, qui ne l’avait pas vu depuis 20 ans, entre dans sa maison vide. Quelques minutes plus tard, Lars Olsen, un expert en cybernétique frappe à la porte. Il est mandaté par la Crown Bank pour une enquête sur les responsabilités de l’androïde qui conduisait l’automobile au moment du drame. Le juge a demandé une expertise des données internes de l’androïde enregistrées au cours de l’accident. Ce robot, c’est Karl. Il s’agit du dernier modèle de Life Companion sorti des usines de la Randall Company. Il est en veille et se réveille à l’annonce de son nom.

Après récupération des informations sur un ordinateur, l’expert repart, laissant Magda et Karl seuls à seuls. Au fil des jours, Karl va montrer toute l’émotion dont il est empreint. Profondément désolé de ce qui est arrivé, il propose ses services à Magda. Le 10 octobre, Karl est convoqué devant le tribunal correctionnel dans le cadre du procès intenté par la Crown Bank envers la Randall Company. Magda l’y conduit. Karl n’a pas l’habitude de se trouver à l’arrière d’un véhicule. En tant que Life Companion, il est habilité à tout un tas de tâches. Au tribunal, l’assistance analyse les images de l’accident récupérées sur Karl. A-t-il dysfonctionné ?

Quand on se balade sur la toile, on s’aperçoit avec cet album que Cyril Bonin est enfin, enfin, reconnu et salué par la critique. Ça fait pourtant des années qu’il écrit des livres plus sensibles et émouvants les uns que les autres : Stella, Comme par hasard, Les dames de Kimoto ou encore l’adaptation de La poursuite du bonheur, pour ne citer que les plus récents. La différence de Karl, c’est que l’histoire est tragiquement d’actualité et d’anticipation. A l’heure où l’on se demande comment dompter l’IA, Karl alerte sur l’avenir de l’humanité dans un monde robotisé et les dérives dans lesquelles on risque de tomber. A l’instar du Robot sauvage, Karl est bourré d’émotion. Jusqu’à quel point cela peut-il remplacer les relations humaines ? Assistera-t-on un jour à des procès surréalistes où la responsabilité des machines sera mise en cause ?
Dans une habituelle ambiance tamisée ni sépia ni pastel mais les deux à la fois, on retrouve les silhouettes élancées du dessinateur. Comme pour toutes les femmes que représente Cyril Bonin, on ne peut s’empêcher de tomber amoureux de Magda dont on est frappé par le charme dès les premières cases.

Conte philosophique pas tant d’anticipation que ça, Karl est un grand moment d’émotion de ce premier trimestre 2026 pour lequel même un robot versera une petite larme. Il sera impossible de ne pas le retrouver dans la short list des meilleurs albums de l’année. Indispensable pour réfléchir à l’avenir, pour prendre garde aux conséquences du progrès, mais aussi pour aimer.
Titre : Karl
Genre : Anticipation
Scénario, Dessins & Couleurs : Cyril Bonin
Éditeur : Sarbacane
ISBN : 9791040806493
Nombre de pages : 112
Prix : 22 €



