Rester vivant
« -Bonjour Papa. J’ai trouvé ta lettre. Ton testament. J’ai pris connaissance de tes dernières volontés. Je ne peux pas accomplir ton souhait. Tes cendres, on les a déjà dispersées ici. Et le Cervin, c’est un monstre, une montagne inaccessible pour moi. Un sommet réservé aux spécialistes de la grimpe, ke te le rappelle. J’ n’ai jamais fait d’escalade. Je sais ce que cette montagne représente à tes yeux. Mais c’est impossible. Tu ne m’en veux pas, j’espère ? »
Suisse, Juillet 1871, accompagnée de six grimpeurs, une femme vient de parvenir au sommet du Cervin. Vêtue de sa longue et encombrante jupe, Lucy Walker a réalisé un exploit. Elle est la première femme à le réaliser. En descendant, la troupe rencontre un berger à qui Lucy demande un peu d’eau. Elle croît reconnaître en lui Francis Douglas, l’un des premiers vainqueurs du Cervin, disparu six ans plus tôt. Il nie, prétendant s’appeler Hermann Krubel. Il ment. Elle le sait et le lui dit en aparté. Il va lui avouer son secret.
Sallanches, 2023, un modeste dessinateur de BD, pas alpiniste, pas même sportif, tente à son tour de gravir le sommet des dieux, le Cervin, la montagne de son père. Comment en est-il arrivé là ? Qu’est-ce qui l’a poussé à relever ce défi ?

Ben est un raconteur d’histoires, un type qui ne voyage que dans sa tête, dans les livres qu’il lit et dans ses dessins. Il vit depuis quatre mois avec Marion et vient de perdre son père. Ce n’est qu’après l’incinération et la dispersion de ses cendres que Ben, en vidant sa maison, découvre une lettre de son paternel demandant à ce que ses restes soient dispersées au sommet du Mont Cervin à Zermatt par son fils Ben, une montagne qu’il a tenté de gravir sans y parvenir. Alors qu’il est en train de réaliser une BD sur l’histoire du Cervin, sur Lucy Walker et autres courageux, alors qu’il n’a jamais fait d’escalade et que les cendres de son père ont déjà été disséminées, Ben décide d’honorer sa mémoire : il grimpera au sommet et y dispersera les cendres de la lettre sur laquelle son père a écrit ses dernières volontés.

Mais quel plaisir de retrouver Benoit Roels, neuf ans après son album précédent, Quipou. Sur le devant de la scène dans les années 90 et 2000 avec des séries comme Oknam, Bleu lézard ou Les mystères d’Osiris, il poursuit plus discrètement sa carrière à côté de son métier de professeur de dessin. Mon Cervin est incontestablement son album le plus personnel. Il romance légèrement son histoire personnelle (le vrai du faux est démêlé en postface) pour rendre le plus bel et plus émouvant hommage à son père, mêlant son aventure avec l’Histoire avec un grand H du mont Cervin. Les visages de ses personnages portent les stigmates de leurs passés ou de leurs secrets. Et que dire des paysages : tout simplement somptueux. Roels met le lecteur en immersion. On gravit la roche avec lui, on souffre avec lui, on sent le caillou qui gêne dans la chaussure. Le plus étonnant, c’est qu’après avoir refermé l’album, on est convaincu d’être monté jusqu’au sommet nous aussi.

Mont Cervin, Mon Cervin, avec ou sans « t », le sommet est définitivement celui de Benoit Roels qui lui offre une belle et sensible vitrine. L’émotion est au rendez-vous. C’est beau, tout simplement.
One shot : Mon Cervin
Genre : Emotion
Scénario, Dessins & Couleurs : Benoit Roels
Éditeur : Kalopsia
ISBN : 9782931205266
Nombre de pages : 80
Prix : 17,95 €



