Dark Fantasy Humoristico-gothique
« -Seigneur Alastor, vous vous sentez capable de me suivre à marche soutenue ?
-Certes… Mais il nous faudra vite quérir quelques montures. Vivantes ou mortes.
-Dites… Je ne crois pas vous avoir jamais présenté mon frère…
-Enchanté. »
Un corbeau blanc survole le silence morbide d’un champ de bataille après l’affrontement. Silence ? Presque. Quelques rescapés sont récupérés par leurs troupes. Quelques agonisants sont achevés par leurs ennemis. La morne plaine est un charnier. Soudain, de dessous un cadavre, un moine combattant s’extirpe. C’est Guulghar, un maître-gobelin de la Sombre Garde, flanqué de son bâton orné de la tête de mort de son frère qui parle trop fort. Plus loin, un chevalier de la mort est entravé dans des épées-enchantées lui transperçant l’échine. Après s’être débarrassé des lames et des chevaliers voulant les achever, voici les deux compères en chemin pour regagner le foyer du chevalier, là-bas, à Soxlayne.

Un prologue et quatre chapitres, voici le menu de cette première partie de la geste d’Alastor de SombreGarde, chevalier de la Mort. Avec son acolyte Guulghar, ils vont rencontrer le bien et le mal au gué de la disgrâce, après avoir traversé le marais de la vouivre. Dans l’aventure, tous deux trouveront monture. Au château de Braisevent, on ne peut pas dire que l’hospitalité des lieux soit des plus chaleureuses. Nos deux amis vont tester les geôles. Dans la forêt des mille pendus, l’ambiance n’est pas plus rassurante, mais elle est encore plus glauque. Enfin, une gaillarde forgeronne pourra remercier sa chance d’avoir mis Alastor sur sa route.

Raconté comme ça, tout cela a l’air bien sérieux. Mais sous la plume de Dobbs et les dessins de Morinière, il faut s’attendre à tout. Sous une apparence tout ce qu’il y a de plus sombre, les auteurs nous emmènent dans de la fantasy-spaghetti, si on peut appeler cela comme ça en référence au western du même nom. Entendez par là que les personnages et les dialogues sont décalés. Ici, la mort ne fait pas peur. On se joue d’elle. Elle est drôlissimement ridiculisée. Alastor peut même ressusciter les cadavres. Dobbs mène l’épopée du personnage étape par étape, dans un rythme à la « livre dont vous êtes le héros » qui faisaient fureur dans les années 80, tout en modernisant et parodiant le genre.

Après le très sombre mais néanmoins excellent dans le fond et dans la forme « L’enfant-démon », Aurélien Morinière s’offre une récréation, quitte à désarçonner les puristes de la Dark Fantasy. Bêtes et monstres sortent graphiquement du lot dans ce monde impitoyable, notamment dans le fort réussi chapitre dans la forêt avec l’araignée, les insectes et le faune. Cerise sur le gâteau, ou vers dans le cadavre, la maquette de l’album est remarquable.
Alastor de SombreGarde est un anti-héros dont la route est pavée de fourbes et de démons. Accompagnons-le sur les chemins jonchés de cadavres, de vivants et de ressuscités. Cet infâme et attachant gentilhomme revient à la vie pour un diptyque qui, espérons-le, ne sera que l’introduction d’une longue saga.
Série : Alastor de Sombregarde
Tome : 1 – L’infâme gentilhomme
Genre : Héroïc-Fantasy
Scénario : Dobbs
Dessins & Couleurs : Aurélien Morinière
Éditeur : Oxymore
ISBN : 9782385611385
Nombre de pages : 88
Prix : 18,95 €



