Aux mains de la France
« -On doit indiquer deux pays.
-Et toi, Vicente, qu’as-tu choisi ?
-Je pense que ma place est en France. »
Juin 1939. On retrouve Vicente Jiménez-Bravo en France, dans le camp de réfugiés du Barcarès dans lequel il a été placé, après avoir fui le franquisme espagnol qu’il combattait. A cette époque, une rumeur leur faisait espérer qu’ils pourraient être envoyés dans le pays de leur choix afin d’y construire leur avenir. Ils en rêvaient. La réalité de la géopolitique internationale allait les rattraper plus vite que prévu. En correspondant avec sa famille, Vicente comprend bien que la situation en Espagne ne s’arrange pas. L’annonce du pacte germano-soviétique tombe comme un coup de massue. En septembre, la France déclare la guerre à l’Allemagne nazie. Avec la mobilisation générale, la France allait avoir besoin de main d’œuvre. La famille de Vicente n’était pas près d’être à nouveau réunie.

Malgré un traitement inhumain et méprisant, loin du rêve liberté-égalité-fraternité, Vicente ne parvenait pas à haïr la France. Le 15 septembre, le camp est démantelé. Quelques jours plus tard, les réfugiés sont transportés d’abord en camion jusqu’à Rivesaltes, ensuite en train jusqu’à Toulouse, Agen, Bordeaux, pour arriver à Poitiers. Ils allaient devenir mineurs. Ils allaient manger et dormir dans la mine, dans cette « prison » dans laquelle ils devaient être reconnaissants que la France les accueille. Mille hommes entassés sans la moindre aération condamnés à ne plus voir le soleil, sauf pour quelques escapades à Poitiers pour aller chez le dentiste ou pour rencontrer les femmes espagnoles du refuge situé à proximité.

Pau poursuit la vie de son grand-père d’après les cahiers que celui-ci avait laissés. Il a pu étayer le propos grâce à la biographie du commandant du bataillon où il se trouvait. Dans la version espagnole d’origine, Pau a respecté scrupuleusement les mots de son grand-père. Pour la version française, il y a eu un travail de réécriture car certains passages étaient intraduisibles. L’album se clôture avec un riche cahier documentaire avec des archives d’époque. On découvre notamment des photos des mines des Lourdines que l’auteur a pu visiter en 2022 et ainsi s’imprégner de l’âme des lieux. Pour ceux qui ne les auraient pas remarqués, Pau dévoile comment il a rendu hommage dans l’épisode aux chiens de la bande-dessinée franco-belge, avec en tête Pif, créé par l’espagnol José Cabrero Arnal, lui aussi réfugié en France en 1939.

Dès ce deuxième tome, Les cinq drapeaux s’annonce comme l’œuvre majeure de la carrière de Pau, tout autant qu’un événement bébessiné. Les éditions Paquet tiennent là le fleuron de leur catalogue.
Série : Les cinq drapeaux
Tome : 2 – La fureur de vivre
Genre : Histoire
Scénario, Dessins & Couleurs : Pau
Éditeur : Paquet
ISBN : 9782889325962
Nombre de pages : 96
Prix : 18 €



