La rage au ventre
« -Fulbert ? Tu sais où est ta fille ?
-Elle est partie aider à la ferme. Elle ne devrait pas tarder.
-Et tu l’as crue ? Ces sales gosses, je te parie qu’ils sont retournés dans la forêt. Je te l’ai déjà dit : si on est trop indulgents avec eux, ils finiront par nous ramener des…
-Fulbert !! On a un problème.
-Lars ?!
-Un gros problème. »
En plein cœur d’une forêt germanique, un groupe de jeunes gens repère des traces. Sont-ce celles d’un troll ? En ce IXème siècle, les croyances sont encore fortes. En fait de troll, ils aperçoivent une force de la nature qui est en train de couper du bois avec une épée gigantesque. Alors que tous fuient lorsque le gaillard remarque qu’il est observé, Syn reste pétrifiée sur place, avant d’être happée par l’un de ses camarades. A l’arrivée au village, la consigne est claire : on ne dira rien aux parents. Syn ne risque pas d’en parler ; elle est sourde et muette. Par contre, elle a un lien avec les animaux. Elle voit leurs âmes. Le lendemain, Syn retourne en forêt avec son frère Dag, afin de revoir cet homme des bois en qui elle voit un ours blessé. On ne peut pas dire que l’ermite les accueille à bras ouverts.

Pendant ce temps, au village, débarque une troupe de guerriers, avec à leur tête Sigvard, capitaine de l’armée de Horik, roi du Danemark, qui a déclaré la guerre à la Germanie. Ils font le tour des villages à proximité de leur campement pour récolter toutes les ressources. Ça va être compliqué pour les villageois dont celles de l’année sont déjà bien maigres. Mais Sigvard va demander encore plus à Fulbert : offrir à son fils une nuit dans la chaleur d’une femme, en l’occurrence Syn, la propre fille de Fulbert. Cette dernière n’ayant pas l’intention de se laisser faire, c’est là que la situation va dégénérer. Le sang et le feu règlent les comptes mais déchaînent les vengeances. L’arbitrage risque bien d’être assuré par Gudbjörn, l’homme des bois.

Odr est un seinen français en deux parties, deux pavés dont voici le premier. D’apparence contemplative, au tout début, le bruit et la fureur vont rapidement s’installer dans un tourbillon de violence justifié par la barbarie du siècle. Gudbiörn est un berserker, un guerrier d’exception doté d’aptitudes physiques surhumaines, habité par l’esprit d’un animal féroce qui déchaîne ses forces au combat. Il va jouer un rôle déterminant avant que l’on ne découvre ses failles et que l’on ne comprenne ses raisons d’agir. Maxime Truc démontre que l’on peut produire chez nous un manga puissant, dessiné par un Locass qui n’a pas de limite, qui semble pouvoir tout représenter, de la féérie d’une forêt bucolique aux giclées de sang trashs. Les auteurs visitent l’histoire moyenâgeuse scandinave dans tout ce qu’elle a de plus rude.

Odr signifie rage. Truc et Locass ont lu tout autant Berserk que Thorgal pour créer une histoire qui traite non seulement de famille et de guerre mais aussi de tout ce qu’un conflit peut laisser comme traces chez ceux qui ont été meurtris au plus profond. On attend la suite et la fin avec impatience.
Série : Odr
Tome : 1
Genre : Drame historique
Scénario : Maxime Truc
Dessins : Locass
Éditeur : Kana
Collection : Big Kana
ISBN : 9782505125938
Nombre de pages : 336
Prix : 13,95 €



