Le diable s’habille en Foerster
« -Faut que j’aille au boulot moi aussi ! A une autre fois peut-être, Yogshototte !!
-Oui, on s’appelle un de ces quatre, hein, promis !?!
-Oui, oui, sans faute !!… C’est que j’ai pas que ça à faire, moi ! C’est que j’ai des destins à narrer, moi !… Et d’autres à tisser !!… Comme le sien ! Hu ! Hu ! Je lui en ai concocté un beau moi de destin !!… »
Nyalarpoupeth est un peu démiurge. La créature vient de sortir de son cocon, un petit garçon tout mignon qui marchait dans la rue avec une copine à lui. C’est l’anniversaire de ses dix ans. A cette occasion, il va narrer des histoires de vies, grâce au Nécromickey, le livre des destins maudits. Alors, prêts pour frissonner d’effroi dans douze chapitres racontant chacun comment le fantastique et le surnaturel sont rentrés à tout jamais dans le quotidien de gens qui n’en reviendront pas vivants ? Et pour une fois, ce n’est pas papa ou maman, ce n’est ni mamie ni tonton qui vont vous les lire. C’est Nyalarpoupeth en personne.

La mer est devenue la nuit, la nuit est devenue la mer. Si la lune sort de l’eau, ce n’est pas très bon signe pour les pauvres baigneurs et les simples promeneurs. Une oreille suinte, c’est parce qu’elle cache une conque. Gare au kraken ! Un cauchemar récurrent peut cacher bien des raisons. Si solution il y a pour ne plus le faire, encore faudrait-il que le remède soit moins pire que la cause. C’est à croire que la famille Faramine porte en elle une malédiction. En effet, Anselme, Putiphon, Nosféran, plusieurs fois, Oscar, Horace, ainsi que le nain et son frère, vont tous connaître des issues tragiques. Les démons prennent possessions des corps. Les monstres pompent la chair des êtres humains. Le diable s’habille en Faramine.

Mais quel plaisir de retrouver Philippe Foerster dans ce qu’il sait faire de mieux, des récits d’horreurs décalés à côté desquels Beetlejuice c’est un conte à lire en crèche. Pilier de Fluide glacial dans les années 80 et 90, l’auteur compile ici une série d’histoires courtes avec un fil rouge, celui du narrateur Nyalarpoupeth. Foerster s’inspire de Lovecraft et du Necromicon, ouvrage fictif dont on parle dans le mythe de Cthulhu. C’est le livre maudit par définition. Ne croyez pas que parce que Foerster l’a transformé en Nécromickey vous allez passer un bon moment de loisir avec une souris à grandes oreilles. Le narrateur lui-même pourrait se laisser prendre.
On loue toujours le Foerster scénariste, le raconteur d’histoires, de tragédies macabres. On ne parle pas assez du Foerster dessinateur, qui n’a jamais cédé à la couleur pour ce type de récits. Foerster manie le noir avec dextérité, dans des décors inquiétants et sur des trognes improbables.

« N’est pas mort ce qui à jamais dort, et dans les ères peut mourir même la Mort » C’est soi-disant écrit dans le Necromicon. C’est confirmé dans les histoires de Foerster pour ce retour que l’on espère pérenne.
One shot : Nécromickey Le livre des destins maudits
Genre : Fantastique
Scénario & Dessins : Philippe Foerster
Éditeur : Fluide glacial
ISBN : 9791038208117
Nombre de pages : 96
Prix : 19,90 €



